Printemps des poètes : « Passeurs de mémoire » des rivages foréziens.

Article publié dans AIX-ECHOS N°64 (journal trimestriel du canton de St Germain Laval dans la Loire)
dimanche 17 décembre 2006

Pour accompagner dignement cette manifestation nationale, Aix-Echos est parti à la rencontre de trois poètes foréziens : Jacques Bouchet, Jacqueline Peurière-Ferlin, Charles Simond, « passeurs de mémoire », eux aussi, mais surtout passeurs de vie, d’émotion et d’engagements. Echos sensibles, esquisses de leurs rivages poétiques…

C’est la « Couleur-cerise », titre de son premier recueil, qui éclabousse ou au contraire se dissimule au cœur des poèmes de Jacqueline Peurière-Ferlin…

Ouvrir
A deux battants
Choisir la lumière
Bannir
Les portes closes
Fuir
La peste fuir
Les hommes et les choses
Et les idées
Obscurs
Enchemisés
De bure
Hydres sombres
Tapies
Qui avancent
Sans bruit
En reptation
Brune
Dans l’ombre
Des esprits
Pour les noircir
De nuit
Au cri
De l’hallali.

Poèmes sans titre parce que le titre est réducteur, ne signe souvent qu’un aspect du tout et que « cela n’apporte rien de plus ». Poèmes souvent aussi sans ponctuation, sauf si elle est « nécessaire à la compréhension du texte ». Sans…, sang…, sens…, pour un foisonnement de cris, de mots, de douleurs, d’émotions qui s’inscrivent au crayon à papier sur des feuilles de brouillon… Lac Léman, été 2003, quatre femmes assises sur un banc, comme emmurées…

Le Léman immobile duplique les palaces.
Silhouettes floutées d’embrumements fugaces,
Femmes-prisons, femmes-tombeaux,
Burqas-linceuls, regards-barreaux,
De vous entrevoir
Me glace.

Des grillages de toile comme moucharabieh
Peut-on lire
Les torchères sahariennes, les oueds asséchés,
La mosquée d’Ispahan aux arabesques bleues,
Le souffle des déserts :
Liberté ?

Sur les rives-tempêtes des océans furieux
Vos rêveries
Dérivent : femmes nues dans les embruns laiteux
Vos yeux incandescents brûlent ce monde obscène.
Vous êtes sa lumière :
Dignité.

Sur les mots, et quels mots parfois – galetas, anfractuosité, blackboule, anthocharis belia, orpailleuse - Jacqueline Peurière-Ferlin, depuis l’adolescence, s’y « acharne », jouant avec leur sens, leur sonorité, leur dureté associée ou leur langoureuse complicité, comme une alchimiste bienheureuse. Dans son creuset « beauté, nature, émotion…, sources d’inspiration », pierres philosophales ?…

Un chemin
Exfolié
Où sous le pied
Eclatent
Les gouttes de rosée
Dans un murmure de source
Des jonchaies orpailleuses
Sequins de renoncules
Yeuses
Jacinthes d’eau
Si blanches tubéreuses
Dans les mousses bleutées
Leurs urnes à opercules
Un chemin
Tout de sable et d’eau
Poudré d’ocre
Où le soleil se noie
Où chaque ru
Fiéffé
S’insinue
Dans le roc
Squatté
De pies voleuses
Un chemin angulaire
Extasié
Et ses bornes milliaires
Là où mettre mes pieds
Une ligne vers toi.

Mais, ailleurs, calembours rime avec Johannesburg, aussi, surtout, parce que d’autres sortilèges sont en mouvement : la mort, la guerre, l’injustice…

Barbarie
Planétaire
Ordinaire
Tuerie
Bain
De sang
Quotidien
A l’écran
Visqueux
De rus
De torrents
D’affluents
D’océans
De sang
Yeux
Baignés
De lumière
Rouge cru
Agressive
Aiguë
Requièrent
Obscurité
Cécité
Absolue.

C’est là un des rôles de la poésie que de « dénoncer » l’ignominie, combattre la misère. Tout comme Prévert, Aragon, Eluard, ou Rimbaud qu’elle admire, Jacqueline Peurière-Ferlin conçoit la poésie comme « façon de dire ce qu’on pense, de lutter, de faire partager aux autres »… et elle y réussit avec force et infiniment de délicatesse avec la complicité de René Fréry qui illustre « Couleur cerise » de gouaches impressionnistes tout en sensibilité.


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